Corps et âmes - Sergent-détective Primeau

En quinze années de carrière, il m’est arrivé seulement deux fois d’être chargé d’enquêter sur un homicide dont le suspect principal est une femme. De façon générale, l’homicide au féminin est perpétré dans la presque totalité des cas sous l’excuse de l’anomalie mentale. Ce fut d’ailleurs le cas pour ma part lors de ma première assignation.

La seconde, cependant, ne put se solder par un tel diagnostic… Pour tout vous dire, le cas de Nadine D. reste à ce jour un mystère.

L’agent Samson et moi furent les premiers arrivés sur les lieux du crime. La suspecte (qui avait elle-même composé le 911) était assise dans l’escalier du balcon et paraissait plutôt calme vu les circonstances. Il faut préciser habituellement que dans de tels cas, on assiste régulièrement à des crises d’hystérie, ou à tout le moins de larmoiement. La femme qui tue le fait généralement pour se défendre et prémédite donc rarement son crime. Contrairement à l’homme, les réactions sont donc souvent improvisées sous un état de choc.

(suite…)

Le summum du rêve moche

J’ai le rêve banal. Mon imagination nocturne est si insipide que c’en est honteux.

Au matin, je ne me souviens généralement pas de mes rêves, et c’est une bonne chose. Car ils sont toujours très réalistes et… très ennuyeux. Je rêve comme on écoute télé-achat ou comme on lit des annonces classées.

Par exemple, il m’est arrivé de rêver que je déménageais un piano dans un grand manoir, d’un étage à l’autre. Pendant 3 heures. Même dans mon rêve, je commençais à m’ennuyer solidement.

(suite…)

Corps et âmes - Guylaine R.

Le jour où le dernier candidat de l’étude quitta nos installations fut un jour particulier. Un jour dont l’ambiance était pesante et où, malgré tout le branle-bas causé par les scientifiques, peu de mots s’échangeaient et les regards étaient fuyants. En tant que réceptionniste, on ne me tenait pas nécessairement au courant de l’évolution particulière de chaque candidat, mais dans le cas de Dany B., le secret était amplifié. Encore aujourd’hui je ne connais pas la nature de la décision qui a mené à son expulsion. Car à l’opposé de tous les autres candidats, Dany B. ne décrocha jamais l’intercom et ce fut l’équipe qui décida de mettre un terme à son expérience après 48 jours.

(suite…)

La vie est Marketing

Le domaine de la pub et du marketing m’a toujours dégouté. Vous allez peut-être trouver que j’exagère, mais à mon sens le marketing est la science admise du pickpocketting. C’est l’art de se faire passer pour l’ami du consommateur de face dans le seul but réel de lui soutirer son argent de dos.

La foutue campagne publicitaire de Bell (dont soit dit en passant, leur nouvelle trinité logo-site-slogan joue un peu trop à l’équilibriste sur le mince fil qui oscille entre la simplicité minimaliste et la paresse crasse) me gonfle. L’idée de départ, c’était de susciter un intérêt en placardant massivement sur les panneaux routiers, dans le métro (et partout ailleurs où ils pouvaient - et croyez-moi, ils peuvent à peu près partout) des portions de leur nouveau logo: le bas du “e”, le coin du “B”…

(suite…)

L’alarme en plein soleil (ou la ténacité de l’indifférence)

Un mec, il meurt, dans le métro, ici à Los Angeles.
Tu crois qu’on le remarquera?

- Vincent, Collatéral

Samedi, vers 14h. Dans une ruelle du quartier Rosemont, Montréal. Plein soleil dehors, après un début de mois particulièrement pluvieux.

Une alarme retentit. Déjà, ça prend un 2 minutes à la remarquer. À la distinguer d’une alarme d’automobile ou de maison. Les fausses alarmes sont si fréquentes dans les grandes villes. Ça énerve un peu, comme un moustique qui tente d’établir son domicile dans votre oreille. Puis ça s’oubli. On continue tranquillement de vaquer à ses occupation (comme surfer sur le web, tout simplement).

On se dit que si c’est important, quelqu’un d’autre va réagir. Mais pas nous.

Plus tard, en allant se chercher un cola dans le frigo, on voit des policiers dans l’escalier du duplex d’en arrière. Alors là, étrangement, on devient plus curieux. On sort sur le balcon, en trouvant une excuse pour écouter (s’intéresser soudainement aux cumulonimbus semble un prétexte valable).

C’est là qu’on apprend qu’un cambriolage a eu lieu. À 14h, un samedi après-midi, plein soleil. Juste derrière chez-soi. Le mec est entré par l’arrière, certain qu’on ne le verrait probablement même pas. Il a fait sa besogne, l’alarme dans les oreilles de tout un quartier pourtant réveillé. Puis il est ressorti par l’avant en prenant soin de verrouiller la porte.

On aurait pu réagir. Mais on ne l’a pas fait. Les affaires des autres ne nous regardent pas.

Et si c’est important, quelqu’un d’autre réagira.

Non!?

Un mec, il meurt, dans le métro, ici à Los Angeles.
Tu crois qu’on le remarquera?

De psychorigidité et de couches pleines

Psychorigide - Attitude mentale qui consiste en une incapacité à juger objectivement d’une situation et à se mettre à la place d’autrui. Le caractère manque de souplesse, l’autocritique est absente, en revanche l’autoritarisme et la méfiance sont très actifs.
- Définition

Y’a rien de pire qu’une tête de cochon!
- Gilles Proulx, 4 Juillet 2008

Le congé de paternité n’amène pas que de jolis moments. En effet, même s’il permet de tisser des liens avec bébé et prendre soin de la maman, il engendre malheureusement de grandes épreuves… comme celle de renouer avec la radio de jour.

De Gilles Proulx, je ne connaissais que la réputation. Je l’avais déjà vu et entendu en entrevue quelques fois; son attitude et ses idées étaient déjà à l’opposé des miennes. Mais je passais simplement ma route sans m’y attarder. C’est une chance d’ailleurs, car j’en suis aujourd’hui convaincu: c’est bel et bien l’attardement qui me guettait.

En ayant récemment la malchance d’écouter la radio (le plus souvent lors de trajets en voiture) à des heures où normalement je travaille, les affres de Gilles Proulx me sont finalement arrivées en pleine gueule.

Pire qu’un nourrisson qui régurgite. Et croyez-moi, j’en connais un rayon mantenant.
(suite…)

Le cercle vicieux du petit velimeux

Ça commence normalement quand il mouille sa couche. Alors il se réveille…

Il se réveille alors il pleure. Il pleure alors il gigote. Il gigote alors il se frappe. Il se frappe alors il pleure. Il pleure alors il gigote.

Il gigote alors…

Pas besoin d’Einstein pour inventer le mouvement perpétuel…

Le Magicien

Addy-boy, le Magicien

Le voici le voilà, il est arrivé sous notre chapiteau, le petit Magicien au bonnet bleu! Son pouvoir est étonnant: il peut vous foudroyer le cœur simplement avec un regard puis vous tirer les larmes des yeux d’un simple couinement!

Il a plus d’un tour dans sa couche… Chimiste à ses heures et artiste peintre dans l’âme, il transforme magistralement le Colostrum en Méconium! Sans les mains!

Malgré tout je l’avoue, je suis tombé sous son charme!

Bienvenue chez-toi, fils!

La démesure des grands excès

Un après-midi ensoleillé, un 17 degrés à l’extérieur, un jeune homme (futur père de surcroit) en voiture qui s’en va faire une petite commission.

Au 2e coin de rue, un traînard devant lui roule à 30 km/h. D’accord, la zone en question est précisément de 30 km/h. C’est un chiffre coquet 30, mais avez-vous déjà essayé de rouler à 30 km/h? Je veux dire vraiment, en voiture, pas dans kart de golf ou en VTT sur terre battue…

Personnellement je vois deux raisons possibles pour rouler à 30 km/h: être en panne d’essence ou promener son poodle avec la portière ouverte. Mais c’est un autre débat…

Bref pour l’instant, il ne pense pas vraiment à ça et il effectue un dépassement pour se débarrasser du mollasson. Après tout, la vie est si courte pour se la faire chier à 30 km/h. Non!?

Au prochain feu de circulation, un policier au dossard jaune le pointe. Mauvais dépassement, au mauvais moment. Ça y est! Première contravention à vie, excepté un ou deux tickets de stationnements bénins.

(suite…)

Corps et âmes - Marcel S.

C’était un couple tranquille. Je ne les connaissais pas beaucoup et on se croisait rarement. C’est rare que le concierge d’un immeuble devienne le meilleur ami des locataires, vous savez; je suis plutôt le vieux monsieur invisible qu’on aime ignorer.

Vous savez quoi, c’est mieux comme ça sinon quand on devient trop amis, on doit faire la conversation et supporter les histoires de coiffures des dames et des trucs comme ça qui vous ralentissent, et on gâche le nettoyage des ascenseurs… Alors non, je ne connais pas vraiment les locataires, c’est l’immeuble qui m’intéresse.

Je me souviens que pendant la nuit du 12 au 13, il y a eu un vacarme énorme dans l’appartement No 4. Le garçon du couple revenait d’un voyage je crois, et il venait probablement de découvrir que sa copine l’avait plaqué car elle m’avait remis le double des clés de l’appartement quelques jours auparavant. Alors j’ai fais mes déductions, vous savez…

(suite…)

L’accent québécois en 5 étapes faciles

Je vais enfin coucher sur le clavier le fruit de longues années de réflexion (et surtout d’écoute) sur les critères qui sont à la base de notre cher accent québécois. Ces critères n’ont rien de scientifique, quoique je crois réellement en leur exactitude. Il se peut que je reprenne ici (sans le savoir) des références déjà existantes ailleurs. Si c’est le cas, veuillez me pardonner le larcin idéologique. Ça confirmera non seulement que mon écoute fut juste, mais aussi que les grands esprits se rencontrent!

Règle no1 : la contraction

Je suis tanné = J’s’t'anné (ou j’su’tanné)
Qu’est-ce qu’il demande? = Qu’est-ce qu’y'd’mand’?
Cette veste-là n’est pas propre = C’te ves’là est pas prop’

Règle no2 : mutation du A en Ô (inconstant)

Je ne serai pas à la fête à Laura = J’s’rai pô à’ fête à Laurô.

Règle No3 : ajout du S entre TU et TI

Penses-tu que ta tirelire est tombée? = Penses-tsu que ta tsirelire est tombée?

Règle No4 : ajout du Z entre DI et DU

C’est dur à dire = C’est dzur à dzire.

Règle No5 : sonorité OI devenue OÉ ou OÈ (en désuétude)

Toi tu vas savoir ce que je pense = Toé* tu vô savoère c’que j’pense

* la présence du “toé” et du “moé” (pourtant perçue comme LA caractéristique de notre accent) est de moins en moins présente. Toi et moi sont prononcés “toua et moua”, sauf lorsque le locuteur est choqué ou irrité.

Règle boni : tonalité plus basse

Enfin, l’étape finale pour bien maîtriser l’accent québécois (comparativement à celui des Français du moins) est de diminuer sa tonalité d’au moins un octave.

À l’opposé, un Québécois qui tente d’imiter l’accent français aura davantage de succès en augmentant sa voix d’un octave également!

Question-réponse I

J’inaugure ce matin une nouvelle sous-catégorie de l’école des mots. En fait, c’est plutôt l’école de l’insignifiance, mais bon. Vous allez comprendre… Pour le premier billet de cette catégorie, DEUX exemples:

Contexte: Extrait vidéo d’une compétition de patinage artistique.
Elle: Qu’est-ce qu’on fait si notre fils veut apprendre le patinage artistique?
Lui: Y’existe des familles d’accueil.

Contexte: Pub télé qui teste la solidité d’un papier hygiénique avec… un oeuf.
Elle: Qui est-ce qui va aller mettre un œuf sur son papier-toilette anyways?
Lui: C’est que pour leur exemple, y’avaient le choix entre montrer cet œuf ou un gros ét*** bien pâteux.